CBAM & Turquie : contrainte commerciale ou opportunité industrielle ?

April 27, 2026

CBAM & Turquie: contrainte commerciale ou opportunité

industrielle ?

Le CBAM ou MACF en français (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières) en Turquie est désormais un sujet stratégique pour les industriels, les exportateurs et les entreprises européennes qui travaillent avec des fournisseurs turcs. Entré dans sa phase définitive au 1er janvier 2026, le Carbon Border Adjustment Mechanism aligne progressivement le coût carbone des importations vers l’Union européenne sur celui supporté par les producteurs européens dans le cadre de l’EU ETS. À ce stade, les secteurs couverts sont toujours les mêmes : ciment, fer et acier, aluminium, engrais, électricité et hydrogène. La Commission européenne envisage d’élargir ce périmètre d’ici 2030.


Pour les entreprises présentes sur le marché turc B2B, la question n’est plus théorique. Le CBAM ne concerne pas seulement les importateurs européens d’un point de vue juridique ; il remonte en pratique toute la chaîne de valeur. Les clients européens demandent désormais à leurs fournisseurs turcs des données plus fiables sur les émissions incorporées, des éléments de reporting carbone produit, ainsi qu’une trajectoire crédible de décarbonation industrielle. En claire : le coût est juridiquement porté par l’importateur UE, mais la pression commerciale et concurrentielle remonte directement jusqu’à l’exportateur turc.


Le CBAM change déjà la relation commerciale entre l’Europe et la Turquie


Dans les faits, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières introduit une nouvelle exigence de compétitivité. Hier, la discussion portait surtout sur le prix, la qualité, les délais et la proximité logistique. Demain, elle portera aussi sur la capacité à mesurer, documenter et réduire l’intensité carbone d’un produit exporté vers l’Union européenne. Cette évolution est particulièrement importante pour la Turquie, car son industrie est profondément intégrée aux chaînes de valeur européennes. L’UE représente plus de 40% des exportations turques et plusieurs secteurs industriels clés du pays se trouvent directement dans le périmètre CBAM.


La Turquie apparaît ainsi comme l’un des pays les plus exposés au dispositif. La Banque mondiale souligne que les exportations turques de fer et acier vers l’UE couvertes par le CBAM atteignent environ 7,5 milliards USD, et que 58% des exportations turques d’aluminium concernées sont destinées au marché européen. La même analyse insiste aussi sur un point essentiel : si la Turquie décarbone plus vite sa base industrielle, elle peut non seulement limiter le choc, mais aussi gagner des parts de marché au détriment de concurrents plus carbonés.


Pourquoi la Turquie est particulièrement concernée


Le sujet est critique pour la Turquie pour trois raisons.


D’abord, plusieurs de ses filières industrielles les plus exposées à l’Europe sont directement dans le champ du CBAM. Ensuite, la Turquie joue déjà un rôle de plateforme industrielle proche de l’Europe, ce qui la rend incontournable pour des secteurs comme les métaux, les matériaux, certaines industries de transformation et une partie de la sous-traitance export. Enfin, la proximité géographique et logistique de la Turquie ne suffira plus, à elle seule, à protéger sa compétitivité si l’empreinte carbone des produits reste mal mesurée ou trop élevée. Le CBAM n’est pas seulement une contrainte réglementaire, c’est aussi un accélérateur de transformation industrielle.


Le cas du ciment turc est révélateur. D’après Cement Europe, la Turquie a représenté 42,9% des importations de ciment et clinker de l’UE en 2025. Le cas de l’acier est également stratégique : la Turquie demeure un fournisseur majeur du marché européen, dans un contexte où les filières acier et aluminium restent au cœur des arbitrages industriels, commerciaux et climatiques de l’Union.


Selon les modélisations de l’EBRD et Climate Focus (2023), le coût annuel potentiel pour l’industrie turque varie très significativement selon les hypothèses retenues :

  • 138 M€/an dès 2027 - prix CBAM à 75€/tCO₂

EBRD & Climate Focus, mars 2023

  • 2,5 Md€/an d’ici 2032 - prix CBAM à 150€/tCO₂

EBRD & Climate Focus, mars 2023

  • 1,08 Md€ si ETS turc à 50€/tCO₂ (vs 2,5 Md€)

EBRD & Climate Focus, mars 2023


Mais une analyse notable de l’IPC-Mercator (février 2026), fondée sur un modèle d’équilibre général, apporte une nuance importante : les impacts macroéconomiques globaux sont finalement modérés (variation du PIB proche de zéro) et concentrés dans quelques secteurs énergo-intensifs. 

L’acier turc, fortement basé sur l’arc électrique et l’acier recyclé, bénéficie même à court terme d’un avantage compétitif par rapport à ses concurrents asiatiques ou russes plus carbonés. 


En revanche, les secteurs énergétiques en amont (charbon, gaz) subissent des pertes de revenus réels pouvant atteindre 2% pour les ménages du secteur en absence de mobilité du travail.


Ce que le CBAM implique concrètement pour les exportateurs turcs


Pour les exportateurs turcs, la priorité immédiate est la conformité CBAM. Cela signifie être capable de produire des données d’émissions crédibles, traçables et exploitables par le client ou l’importateur européen. Cela suppose aussi de mieux comprendre la logique de calcul des émissions incorporées, de sécuriser la qualité du reporting carbone, et d’anticiper les demandes croissantes des clients européens en matière de MRV (Monitoring, Reporting, and Verification), de vérification et de transparence carbone. Les supports de la Commission européenne sur le CBAM insistent précisément sur cette montée en puissance du besoin de données et d’outils de déclaration.


Mais l’enjeu ne s’arrête pas là. À moyen terme, les industriels turcs devront aussi agir sur l’outil de production lui-même : efficacité énergétique, électrification des procédés, intégration d’énergies renouvelables, récupération de chaleur, pilotage de la consommation et investissements industriels bas carbone. C’est là que le CBAM Turquie devient un sujet non seulement réglementaire, mais aussi industriel et commercial. La conformité est le besoin immédiat, la décarbonation est le marché de moyen terme.


La Turquie ne subit pas seulement le CBAM : elle s’y adapte


Un autre point important pour la lecture stratégique du sujet est l’évolution du cadre turc. En 2025, la Turquie a adopté sa première loi climat, et la Direction du changement climatique a ensuite publié un projet de règlement sur le système turc d’échange de quotas d’émission (ETS). Autrement dit, l’environnement réglementaire turc commence lui aussi à se structurer autour d’outils de tarification carbone, de gouvernance climat et de préparation à une industrie plus décarbonée.


Pour les industriels turcs, cela peut être perçu comme une contrainte supplémentaire. Mais pour les entreprises européennes actives dans les solutions bas carbone en Turquie, c’est aussi un signal de marché. Le pays se prépare, progressivement, à un cadre plus exigeant en matière de carbone, de conformité et de performance environnementale. Ce mouvement crée de la demande pour des expertises, des outils et des équipements capables d’aider les exportateurs turcs à rester compétitifs sur le marché européen. Le CBAM devient un catalyseur de transformation économique et industrielle en Turquie.



Loi Climat et ETS national

En juillet 2025, la Grande Assemblée Nationale turque a adopté la première Loi Climat du pays (Kanun n° 7552). Elle crée le cadre juridique d’un système d’échange de quotas d’émissions (ETS turc, pilote prévu 2026-2027) et d’un mécanisme miroir du CBAM (SKDM) pour les importations. Clé business : un ETS turc permettrait de déduire le prix carbone national du certificat CBAM, réduisant d’autant la facture des exportateurs. Avec un ETS à 50€/tCO₂, le coût CBAM chute de 2,5 à 1,08 Md€/an en 2032, et les revenus de l’ETS restent en Turquie pour financer la transition.


Quelles opportunités pour les PME et ETI européennes


Vu depuis la France ou plus largement depuis l’Europe, le CBAM en Turquie ouvre plusieurs débouchés concrets.


Le premier est celui du conseil et de la conformité carbone : mesure des émissions au niveau produit, structuration du reporting, audit de données, accompagnement des exportateurs et sous-traitants, préparation aux exigences clients ou douanières, outils de traçabilité et logiciels de pilotage carbone. 


Le second est celui des technologies de décarbonation industrielle : efficacité énergétique, automatisation, instrumentation, récupération de chaleur, optimisation des procédés, électrification ou intégration d’énergies renouvelables. 


Le troisième est plus stratégique : partenariats industriels, transfert de savoir-faire, implantation locale ou développement d’un écosystème de solutions bas carbone autour des filières turques les plus exposées. 


Dans cette perspective, la Turquie n’est pas seulement un pays “touché” par le CBAM. Elle devient aussi un marché de transition industrielle, où les acteurs européens peuvent se positionner en amont, avant que la pression concurrentielle et réglementaire ne s’intensifie davantage. C’est un point clé pour les PME et ETI européennes qui disposent d’un savoir-faire technique, logiciel, réglementaire ou industriel lié à la décarbonation, au MRV, à l’ESG industriel ou à l’optimisation des procédés.


Contrainte commerciale ou opportunité industrielle ?


La bonne réponse est probablement : les deux.


Oui, le CBAM ajoute une contrainte commerciale, administrative et financière pour les chaînes export entre la Turquie et l’UE. Oui, les secteurs les plus émissifs vont subir une pression accrue sur leurs marges, leur documentation carbone et leur compétitivité. Mais, en parallèle, le dispositif crée un marché réel pour toutes les solutions qui permettent de mieux mesurer, mieux prouver et mieux réduire les émissions industrielles. C’est pourquoi le CBAM Turquie doit être lu non comme un simple sujet de conformité, mais comme un changement de cadre pour l’industrie, la sous-traitance et la relation fournisseurs entre l’Europe et la Turquie.


Pour les entreprises européennes, la vraie question devient alors la suivante : comment se positionner dès maintenant sur les besoins concrets de transformation industrielle des exportateurs turcs ? C’est précisément là que l’accompagnement terrain, la lecture sectorielle et la compréhension fine du marché turc font la différence.



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